Millésimes (source du BIVC)

2004 EN CENTRE-LOIRE : LES BIENFAITS DU TRAVAIL DE LA VIGNE

Après 2003 et sa canicule, 2004 nous ramène aux vins aromatiques et frais. Le travail du vigneron et son savoir-faire auront été essentiels pour réussir ce millésime : il fallait, d’une part, sacrifier une partie de la récolte qui s’annonçait généreuse pour n’en conserver que le meilleur et, d’autre part, vinifier en utilisant tous les ressorts de l’expérience et de la connaissance oenologique.

L’année de la vigne

Le cycle de la vigne a été relativement tardif avec environ 8 jours de décalage par rapport aux 20 dernières années ; les températures nocturnes ont été normales et ce sont les températures diurnes, souvent plus faibles que la moyenne, qui expliquent cette lenteur végétative.
Le début de campagne fût plutôt calme et serein avec une sécheresse relative et la quasi absence de maladies de la vigne. A partir de la mi-juillet, un climat plus humide s’installa sous forme de précipitations souvent orageuses. Les champignons pathogènes, mildiou et oïdium, devinrent plus menaçants, obligeant les vignerons à la plus grande vigilance.
La maturation démarra par une première quinzaine de septembre très chaude (maximales de 25 à 30°C) qui permis une évolution accélérée des raisins. Ensuite, l’accumulation des sucres reprit un rythme classique et la diminution de l’acidité se ralentit.

Les vendanges

Conscients de l’importance de la date de vendange et malgré l’avancement de la saison, les
vignerons ont eu la sagesse d’attendre la pleine maturité ; en prenant ainsi le risque de perdre une partie de la récolte, ils optimisèrent la qualité des raisins. La cueillette commença donc vers le 20 septembre à Reuilly et à Quincy, puis entre le 04 et le 11 octobre pour les autres vignobles (Sancerre, Menetou-Salon, Coteaux du Giennois et Châteaumeillant).
Les vendanges se sont étalées sur tout le mois d’octobre avec, sur la plupart des exploitations, des interruptions de quelques jours pour atteindre la meilleure maturité sur chaque parcelle. Aussi, la grande majorité des grappes fut rentrée dans de bonnes conditions, les acidités plus basses de fin de campagne compensant les valeurs parfois élevées du début.
Un facteur essentiel pour la qualité en 2004 : la suppression des grappes excédentaires en cours d’année, notamment en rouge, puis le tri à la récolte et les pressurages sélectifs en blanc. Un millésime qui aura donc nécessité une grande attention toute l’année dans les vignes et à la cave.

2005 EN CENTRE-LOIRE : LES DONS DU CIEL

Des raisins d’une qualité remarquable ont fait de 2005 une année éclatante. Toutes les conditions naturelles ont été réunies au cours de la saison pour nous offrir ce millésime que l’on classe déjà parmi les plus grands.

Un climat pour la vigne

Globalement chaude et sèche, la saison viticole aura été rythmée par des alternances de très fortes chaleurs et de périodes plus fraîches. Bien adapté au cycle de la vigne et aux besoins du raisin, ce climat fut proche de l’idéal souhaitable hormis les orages de grêle parfois violents qui ont émaillé tout l’été berrichon.
Les températures très élevées ont entraîné un avancement rapide du cycle végétatif jusqu’à la fin juillet puis un mois d’août frais a permis à la vigne de récupérer pour entrer sans précipitation dans la phase de maturation. Le déficit en eau, régulier et modéré, a provoqué un arrêt précoce de la croissance végétative. Toutes ces conditions ont maintenu un feuillage en parfait état de fonctionnement jusqu’à la maturité et un excellent état sanitaire des raisins.

... Et pour la maturation des raisins

Cette bonne santé des vignes s’est alliée à un climat particulièrement propice pour produire une importante quantité de sucres. Les températures modérées ont eu des incidences très positives.
Les acidités sont équilibrées et elles sont restées stables jusqu’à la fin des vendanges. Le potentiel aromatique, particulièrement pour les blancs, a pu se développer lentement et en totalité. Les matières colorantes des rouges se sont accumulées favorablement : forte coloration des pellicules, tanins bien mûrs.

Des vendanges précoces

C’est avec une grande sérénité que les vignerons ont abordé les vendanges, la sécheresse des sols et l’absence de menace de pourriture laissant toute liberté de récolter chaque parcelle au moment de sa juste maturité.
La cueillette s’est déroulée par beau temps, pratiquement « sans une goutte de pluie ». C’est à Sancerre que les premiers coups de sécateurs ont été donnés, dès le 7 septembre, sur des parcelles de blanc hâtives. Le ban a été proclamé le 9 septembre à Reuilly, le 10 septembre à Quincy, le 15 septembre à Châteaumeillant, le 16 septembre à Menetou-Salon et le 17 septembre pour Sancerre et les Coteaux du Giennois.
Généralement, les blancs ont été récoltés en premier et les rouges ont, en majorité, été rentrés vers la fin.

Les premières impressions du millésime

En blanc comme en rouge, l’élégance des arômes, la puissance et le volume se dégagent des premières dégustations.
Les blancs expriment de superbes arômes, intenses et tout en finesse : au cours des fermentations, les notes dominantes sont fruitées (fruits blancs, fruits exotiques), la minéralité et quelques touches végétales (réglisse) sont également perceptibles. La bouche révèle du gras, puis une rondeur soutenue par une pointe de fermeté. Les finales montrent beaucoup de persistance.
Les rouges ont des couleurs profondes, d’un beau rubis violet. Le nez évoque les fruits rouges très mûrs (framboise, mûre). La structure gustative est étoffée, corpulente avec des tanins fermes (sur les terroirs siliceux ou argileux) à soyeux (sur les sols calcaires).

2006 EN CENTRE-LOIRE PLENITUDE ET ELEGANCE

Au terme d’une année chaude et sèche, marquée par d’importantes amplitudes climatiques, la vigne a produit des raisins d’un excellent potentiel qualitatif qui se retrouve dans les vins. La clé de la réussite des 2006 était de récolter rapidement.

Des « secousses » climatiques…

Après un hiver sec, le cycle végétatif de la vigne a commencé sous une humidité bienvenue : mars et mai furent particulièrement arrosés. Les quelques réserves hydriques ainsi recréées dans les couches superficielles du sol se sont avérées fort utiles.
En effet, juin et juillet furent très secs et aussi très chauds : +2°C pour juin et +5°C pour juillet (par rapport aux moyennes saisonnières). Ces conditions convenaient bien aux vignes qui avaient alors deux semaines d’avance. Seules les jeunes vignes de 4 à 6 ans, sur les sols les plus sensibles, ont souffert de stress hydrique.
En août, les températures basses (-3°C) sont arrivées à point pour permettre aux ceps de récupérer et les pluies, normales pour le mois, furent suffisantes pour empêcher les blocages de maturation.
Enfin, septembre (+2,5°C) a débuté par deux semaines de très fortes chaleurs et sans eau, compensées par un gros orage le 14. La deuxième quinzaine fut douce avec quelques pluies éparses. Les maladies de la vigne furent peu virulentes tout au long de la saison et faciles à contenir. De ce fait, les raisins étaient dans un excellent état sanitaire.

…favorables a la maturation

La formation des sucres fut élevée tandis que les acides restaient équilibrés. Les degrés alcooliques potentiels ont augmenté rapidement jusqu’au 14 septembre pour prendre un rythme normal ensuite. Les acidités et les pH sont restés à un bon niveau, grâce à la stabilité de l’acide tartrique tout au long de la maturation. Le ciel souvent couvert à partir de mi-septembre a permis la préservation des arômes en intensité et en fraîcheur.

Des vendanges rapides

Grâce à l’équipement performant des exploitations, les raisins ont été rentrés en un temps record.
La cueillette s’est concentrée sur les 10 à 12 jours qui correspondaient au créneau optimum : avant, les raisins n’auraient pas été mûrs et après ils se seraient détériorés. Le ban des vendanges a été proclamé le 11 septembre à Reuilly, le 13 septembre à Pouilly-sur-Loire et Quincy, le 15 septembre à Sancerre et Menetou-Salon, le 16 septembre dans les Coteaux du Giennois. Le démarrage s’est généralisé sur tous les vignobles le 18 septembre avec Châteaumeillant. Les vendanges ont commencé par les blancs. Profitant du bon état sanitaire, les vignerons ont le plus souvent récolté les rouges en dernier.

Les premières impressions du millésime

Les cuvées ayant terminé leur fermentation alcoolique fournissent les premières indications sur le style du millésime. L’élégance aromatique et le juste équilibre entre rondeur et fraîcheur caractérisent globalement les 2006.
Les blancs exhalent des arômes intenses et nets. Bien mûrs, ils sont à la fois riches et fins. Les notes florales et fruitées sont bien présentes. La bouche est pleine, opulente, avec une fine vivacité. Les rouges, de teinte rubis foncé à pourpre, ont un joli fruité, tant en intensité qu’en complexité. Les tanins sont bien structurés, en équilibre avec beaucoup de gras.

2007 EN CENTRE-LOIRE : AROMES ET FERMETE

Printemps chaud et été frais, les inversions saisonnières, ont marqué le climat de l’année. Fort heureusement, la dernière période, une fois encore déterminante, a été exceptionnellement favorable : un cadeau de la nature qui nous a offert 29 jours miraculeux pour mûrir le raisin.

La campagne viticole

Un mois d’avril aux chaleurs mémorables, mai et juin aux températures et à la pluviométrie supérieures à la moyenne, un été frais et assez humide, une arrière-saison idéale par ses températures modérées et sa sécheresse, voilà comment le climat a façonné le millésime 2007.
Jusque fin août, les vignerons ont traversé la campagne dans l’inquiétude. Après le débourrement précoce les risques de gelées étaient redoutés. Les travaux au vignoble durent être réalisés rapidement en raison de la vitesse de croissance de la vigne qui avait trois semaines d’avance début juin. La pression des maladies cryptogamiques telles que le mildiou ou la pourriture obligea à une vigilance accrue ; elles furent globalement bien maîtrisées et sans conséquences qualitatives pour les rares parcelles touchées. La crainte d’une maturation difficile était dans toutes les conversations dans les premiers jours qui ont suivi la véraison. Et puis, à partir du 24 août, est arrivé ce que chacun espérait sans vraiment y croire : le vent du nord, sec et froid, qui a assaini les sols et les raisins, suivi d’une remontée des températures diurnes, bien entrecoupées de nuits fraîches accompagnées de rosées matinales.

La maturation

Dans ces conditions, la production de sucres a été accélérée et la dégradation des acides a été ralentie. L’assimilation d’eau par les baies ayant été bien régulée par l’assèchement de l’air et des sols, les phénomènes de concentration sont apparus sur certaines parcelles. Ils se sont généralisés sur les rouges à partir de début septembre, ce qui entraîna l’intensité de leur couleur et la qualité de leurs tanins.
Les arômes des blancs se sont affinés en douceur au cours de la phase de maturation qui a été longue malgré la précocité de l’année.

Les vendanges

Les bans des vendanges se sont étalés du 03 au 13 septembre, mais les parcelles ont été récoltées sur un mois, lorsque les raisins étaient prêts. Ce sont les rouges qui ont été ramassés les premiers.
Les blancs ont été vendangés au cours des trois dernières semaines de septembre. Cette durée particulièrement longue reflète des écarts de floraison maintenus jusqu’à maturité et le sérieux des vignerons qui ont su raisonner la date de récolte, sans précipitation, avec compétence et sang froid.

Les premières impressions du millésime

Les premières dégustations sur les cuvées naissantes du millésime laissent entrevoir des vins typés aux arômes expressifs et à la vivacité marquée. En blanc comme en rouge, l’aptitude à la conservation apparaît excellente.
Les blancs exhalent une palette d’arômes intenses, aussi variés que la diversité des terroirs. La dominante est florale, accompagnée de notes nettement fruitées, végétales ou minérales selon les origines. L’équilibre en bouche est caractérisé par une acidité bien présente qui, combinée au potentiel fourni par la richesse naturelle en sucres des raisins, donne des vins à la fois pleins et fermes.
Dans les rouges, dont la robe rubis est soutenue, on retrouve les beaux arômes fruités de la vendange fraîchement récoltée. Leurs tanins sont souples et souvent concentrés. Ces vins ont le fond pour, après fermentation malolactique et élevage, prendre rondeur et ampleur.

2008 EN CENTRE-LOIRE : DE L’OMBRE A LA LUMIERE

Parmi les vendanges les moins précoces de ces dix dernières années, 2008 nous offre des vins fruités, vifs et charnus grâce à un été frais mais sec et à une superbe arrière-saison.

La campagne viticole

Le cycle végétatif a commencé par un mois de mai chaud. Les températures ont ensuite été
globalement inférieures aux normales saisonnières. Le printemps a été bien arrosé tandis qu’à partir de la formation des raisins, fin juin, les pluies sont devenues régulières mais globalement faibles.
Aussi, les dates des principaux stades végétatifs de la vigne nous ramènent aux années 1980 : débourrement vers le 25 avril suivi d’une croissance ininterrompue et régulière, floraison au 20 juin qui se termine en trois jours, véraison entre le 20 et le 25 août.
Grâce aux méthodes de suivi, notamment le réseau de parcelles de référence et la modélisation, le mildiou, pourtant très virulent, a été bien maîtrisé avec un nombre moyen d’interventions réduit.
A la vendange, les raisins étaient parfaitement sains. Une sortie de grappes modérée, des orages accompagnés de grêle et de la coulure sont à l’origine d’une récolte plus limitée que celles des années précédentes.

La maturation

C’est sous une rare et bénéfique sécheresse que toute la période de maturation s’est déroulée. Dans sa première phase, elle a été très lente. Puis, elle s’est accélérée avec l’arrivée des brumes et des bruines de début octobre. Les raisins étaient riches en sucres dont la concentration a atteint des valeurs parfois très élevées. Les nuits froides ont empêché la dégradation excessive de l’acide malique. Elles ont aussi permis une évolution favorable des arômes en blanc comme en rouge et renforcé l’accumulation de la couleur dans les rouges.

Les vendanges

Commencées le 22 septembre à Reuilly, les vendanges se sont surtout lancées le 29 septembre sur Quincy et à partir du 2 octobre à Sancerre, Pouilly-sur-Loire, Menetou-Salon, Coteaux du Giennois et Châteaumeillant.
La majeure partie des raisins a été récoltée entre le 6 et le 15 octobre et les derniers coups de sécateur ont été donnés vers le 20 octobre. Généralement, les blancs ont été vendangés avant les rouges. Une fois de plus, on a pu constater la sagesse avec laquelle les vignerons ont su attendre l’optimum de chaque parcelle pour vendanger.

Le millésime

Distingués par leurs arômes, les vins ont beaucoup de présence en bouche. Ils montrent du
volume et de la puissance. Les blancs sont très aromatiques avec toute la gamme en fonction des terroirs. Les odeurs fruitées et florales sont mêlées de notes végétales sans excès, ce qui leur communique beaucoup de finesse. Avec une acidité franche, ils montrent un équilibre gustatif basé sur la fermeté. On retrouve dans les vins rouges les arômes de fruits rouges et particulièrement de cerise qui étaient déjà marqués sur les moûts. Ils sont complétés par des touches épicées. Leur robe est d’une belle et profonde couleur rubis plus ou moins nuancée de reflets violets. Les tanins sont de très belle qualité.

 

2009 EN CENTRE-LOIRE : UN MILLESIME RICHE ET GENEREUX

Des mois d’août et septembre au climat idéal, un volume de récolte limité font de 2009 un
millésime exceptionnel : les vins, aux arômes frais et distingués, puissants en bouche, traduisent la remarquable richesse naturelle des raisins.

La campagne viticole

Les principaux stades végétatifs (débourrement, floraison, véraison, maturité) ont eu lieu avec au plus deux jours d’avance par rapport au rythme moyen des quinze derniers millésimes.
Après un hiver froid et relativement sec, avril a commencé par trois semaines aux températures supérieures de 3°C par rapport aux normes habituelles. Mai a aussi été un mois chaud. Puis juin et juillet ont été conformes aux normales saisonnières, tandis que les températures plus élevées s’imposaient à nouveau à partir de la mi-août. Sans excès, les précipitations se sont surtout produites sous forme d’orages de 20 à 30 mm qui venaient interrompre des périodes de sécheresse. De la grêle, dévastatrice pour certains secteurs les 7 mai, 25 mai et 16 juillet, accompagnait malheureusement tous ces orages. Le vignoble de Menetou-Salon, le sud-ouest sancerrois, le nord de Pouilly Fumé et la partie nivernaise des Coteaux du Giennois ont été particulièrement touchés. Ainsi, ces arrosages réguliers ont entretenu l’humidité des sols à un niveau suffisant jusqu’à la véraison. Une contrainte hydrique modérée, pour ne pas dire idéale, s’est alors installée progressivement, devenant un peu plus accentuée en fin de vendanges. Menaçant tout au long de la saison, le mildiou est demeuré le principal souci de la campagne. Le climat sec d’août et septembre a préservé l’excellent état sanitaire des raisins.

La maturation

Les teneurs en sucres ont progressé très rapidement pour atteindre des niveaux particulièrement élevés. De mémoire de vigneron, il faudrait remonter au fameux millésime 1947 pour trouver de telles concentrations sur l’ensemble de la récolte. Les acides se sont bien tenus, notamment grâce aux nuits fraîches de la première quinzaine de septembre et à la sécheresse. Seules quelques cuvées rentrées dans les derniers jours peuvent manquer un peu d’acidité. Ces conditions ont également permis le maintien de la texture charnue des baies, caractère que l’on retrouve généralement dans les vins.

Les vendanges

Les bans des vendanges se sont étalés sur près de deux semaines. Reuilly et Quincy ont
commencé les premiers entre le 12 et le 15 septembre. Ont suivi Pouilly-sur-Loire à partir du 16 septembre, puis Sancerre, Coteaux du Giennois et Châteaumeillant dès le 21 et enfin Menetou-Salon le 23. La majeure partie des raisins a été vendangée entre le 25 septembre et le 3 octobre. es dernières grappes ont été coupées le 12 octobre.
L’équilibre entre les sucres et les acidités étant atteint dans toutes les situations, les principaux facteurs de décision pour récolter chaque parcelle devenaient la maturité aromatique pour les blancs et la maturité phénolique pour les rouges, ce qui était d’autant plus confortable pour les vignerons qu’un anticyclone durable stabilisait le climat au sec.

Les premières impressions du millésime

Une forte constitution et de la vinosité caractérisent les vins de ce millésime qui restera dans les annales.
Les blancs montrent des arômes sobres et d’une grande finesse. Les notes fruitées (fruits à chair blanche, fruits exotiques par exemple) dominent. Des nuances florales et minérales, parfois agrémentées d’une touche végétale, viennent appuyer cette belle fraîcheur olfactive. La bouche est généreuse : attaque fondue, puis du gras et du charnu, voir de la chaleur, pour finir sur une vivacité équilibrée.
Les rouges, sous une robe d’un rubis profond parfois nuancée de reflets violets, expriment la concentration. Les fruits rouges et les notes épicées marquent le nez. Les tanins sont de texture tendre lorsque les vins proviennent des terroirs calcaires ou d’extractions douces et plus austères pour ceux des terroirs argilo-calcaires et argilo-siliceux ou quand les macérations ont été prolongées. Corsés et fermes, ce sont des vins aptes à la garde.

2010 EN CENTRE-LOIRE : UN GRAND CLASSIQUE

Le climat 2010 modérément sec a été rythmé au long de la saison végétative par les alternances de fortes chaleurs et de températures fraîches. Aussi, la maturation, comme tous les stades – débourrement, floraison et véraison – a été marquée par un démarrage lent et un achèvement dans des conditions climatiques optimales. D’un bel équilibre en bouche associant plénitude et fraîcheur, caractérisé par de superbes arômes fruités en blanc comme en rouge, 2010 est un grand classique.

La campagne viticole

Après un débourrement relativement tardif, la floraison s’est étalée sur trois semaines. Les températures basses de mai et de début juin ont provoqué de la coulure en de nombreux endroits, surtout sur les blancs. La dernière décade de juin et tout le mois de juillet particulièrement chauds (+2°C par rapport aux normales) ont permis de rattraper le retard à la fermeture de la grappe. Et puis, à nouveau, c’est un climat plus froid, entrecoupé de belles journées, qui s’est installé en août et septembre, si bien que la véraison fût longue et marquée par une certaine hétérogénéité. Sur l’ensemble de la période végétative, le déficit pluviométrique est de 15%. Un épisode de grêle a touché une partie importante du vignoble de Châteaumeillant. Les autres vignobles du Centre-Loire n’ont pas subi de dégâts significatifs.
La pression des maladies cryptogamiques fut moindre par rapport aux années précédentes. Le mildiou se manifesta tardivement, tandis que l’oïdium était un peu plus virulent. La relative sécheresse dans la profondeur du sol a préservé l’état sanitaire qui est resté bon jusqu’à la récolte.
L’inquiétude est surtout venue des maladies du bois (esca, black dead arm) dont les symptômes se sont exprimés dans des proportions élevées, jusqu’à plus de 15 % de ceps touchés sur certaines parcelles.

La maturation

Ralentie dans sa première phase, la maturation s’est accélérée graduellement à la faveur des petites pluies et des périodes de plus fortes températures. La dernière semaine s’est révélée déterminante pour la qualité du millésime. En particulier, les acidités un peu élevées au début se sont bien rééquilibrées par la perte d’acide malique, tandis que les teneurs en sucres augmentaient de façon aussi impressionnante qu’inespérée. La fraîcheur nocturne et les journées ensoleillées, chaudes sans excès, ont peaufiné la maturité des arômes.

Les vendanges

La majorité des vignobles (Sancerre, Pouilly, Coteaux du Giennois, Châteaumeillant) ont ouvert les vendanges le 27 septembre. Reuilly et Quincy avaient donné le ban le 20, tandis qu’il fallut attendre le 29 septembre à Menetou-Salon. Les dates de récolte ont suivi les écarts de floraison et pratiquement tout était fini de rentrer le 15 octobre, les tout derniers ayant terminé le 19 octobre.
Les vendanges se sont déroulées sous un ciel clément, hormis la grosse pluie du 4 octobre qui a permis d’achever la maturation dans les parcelles tardives. En général, les rouges ont été cueillis dans la première moitié des vendanges, exceptés quelques uns qui ont eu des très beaux résultats en repoussant la récolte à la fin avec un tri rigoureux.

Les premières impressions du millésime

Les blancs exhalent toute la richesse et la finesse aromatiques du sauvignon selon les origines (sols, expositions). Le fruité étonnant des moûts se retrouve dans les vins : les fruits exotiques (passion, mangue), la pierre à fusil, le buis et autres nuances végétales (rhubarbe, pois, asperge). Amples, ils sont équilibrés. Soutenus par une juste et belle vivacité, ils affirment une présence, une fermeté et une longueur remarquables au palais. Leur potentiel de conservation est certain et beaucoup n’atteindront leur pleine expression qu’après 12 à 18 mois d’élevage. Les rouges aussi sont séduisants par leur fruité intense (fraise, framboise, cassis, mûre). En bouche, l’attaque est ferme. Les tanins austères, parfois vigoureux, bien soutenus par du gras, confèrent de la solidité et de la longueur à la structure. La fermentation malolactique saura apporter de la rondeur. Plus sur l’élégance que sur la puissance, ils pourront être prêts assez tôt (fin 2011) mais aussi se garder pour les cuvées les plus denses.

2011 EN CENTRE-LOIRE : UN CLIMAT INSOLITE ET PARADOXAL POUR DES
VINS TYPES

L’été au printemps et l’automne en été, insolite et paradoxal, tel fut le climat pendant la saison viticole 2011. Après une pousse très rapide en avril et mai jusqu’à la floraison, la vigne retrouva un rythme normal pour le développement et la maturation de ses raisins. Le millésime fut sans doute un des plus précoces depuis le fameux 1893.
Malgré ce climat, les vins sont typés. Souples et pleins au palais, ils conservent la fraîcheur
caractéristique du Centre-Loire. Leurs arômes sont bien ciselés. Les 2011 ont le potentiel pour se développer et s’épanouir à la faveur des mois d’élevage.

La campagne viticole

Une fin d’hiver douce a provoqué un débourrement précoce, dès la première semaine d’avril. Le printemps très chaud (+2,7°C en avril et en mai) et sec (65% de déficit pluviométrique) a entraîné une accélération de la pousse de la vigne, les stades végétatifs se succédant à une cadence effrénée : 53 jours se sont écoulés entre le débourrement et la floraison contre 65 jours en moyenne. La floraison fut rapide. Elle eut lieu avec 3 semaines d’avance pour se terminer dans les derniers jours de mai.
Le climat s’est alors inversé en devenant plus froid, surtout entre le 14 juillet et le 15 août, et plus humide pour le plus grand bénéfice des raisins qui commençaient à souffrir de cette « arythmie ».
La vigne a récupéré ; elle s’est imprégnée de l’eau qui lui faisait défaut pour retrouver son fonctionnement normal. La période de maturation fut plus chaude et ponctuée de pluies orageuses localisées qui accéléraient l’évolution des raisins avec parfois des dégradations sanitaires.
En dehors de la grêle qui a sérieusement touché tout un secteur du vignoble de Quincy le 2 mai, le climat est resté peu menaçant pour la récolte. Les principales maladies de la vigne, mildiou et oïdium, furent bénignes et n’ont nécessité qu’un nombre réduit d’interventions.

La maturation

La précocité de l’année et la bonne santé du feuillage étaient les premiers indicateurs du fort potentiel qualitatif. Malgré la précocité, la maturation fut lente. Il a fallu s’armer de patience, c’est à-dire non seulement suivre l’évolution de l’équilibre des sucres et des acides qui était facilement atteint, mais aussi déguster les baies pour évaluer la maturité aromatique. Cette attente a été rendue possible par l’état sanitaire qui restait globalement bon, excepté dans environ 10 % des parcelles où le botrytis fit son apparition et fut inquiétant. Là où l’état sanitaire était le plus dégradé, un débourbage plus soigneux en blanc et un tri plus rigoureux en rouge ont permis de purifier la vendange et de maintenir le niveau de qualité. Finalement, les raisins se sont caractérisés par des taux de sucres importants, sans être excessifs comme en 2009, et des acidités plutôt basses. Grâce aux températures modérées pour la saison et au ciel souvent couvert, la fraîcheur aromatique a été bien préservée.

Les vendanges

Les vendanges se sont étalées sur près d’un mois sous un ciel clément. Les terroirs où le manque d’eau avait été le plus marqué en juin et juillet ont été les premiers mûrs. Les premières grappes ont été coupées dès le 29 août en blanc à Sancerre et pour le pinot gris à Reuilly. Les blancs et les rouges ont été récoltés simultanément. Dans l’ensemble des vignobles du Centre-Loire, la majorité des parcelles a été vendangée entre le 5 et 17 septembre, les dernières étant rentrées le 22 septembre. On ne se souvient pas de vendanges ainsi achevées avant la fin de l’été, même 2003 et 1976 n’avaient pas été pas aussi hâtives.

Les premières impressions du millésime

Les blancs sont tendres, imprégnés d’une forte sucrosité naturelle. Ils ont du volume. Malgré une acidité peu marquée, ils montrent une belle fraîcheur et sont harmonieux. Les arômes, qui ont besoin de quelques mois d’élevage pour s’ouvrir, s’expriment déjà avec intensité et élégance. Ils sont dominés par les nuances de fleurs blanches et de fruits (agrumes, fruits à chair blanche), agrémentées de touches végétales et épicées.
Les rouges, aux teintes vives et de bonne intensité, sont ronds en attaque. Les arômes aux évocations de fruits (griotte) et de fleurs (pivoine) sont expressifs. Ils dévoilent des tanins équilibrés, bien répartis, souvent fermes en finale et qui se fondront au cours du temps avec le gras perçu en milieu de bouche.

2012 EN CENTRE-LOIRE : DES VINS COMPLETS ET RACES

La campagne viticole

Dans un hiver 2011-2012 sec et relativement doux, la seule période de froid significative a eu lieu au cours de la première quinzaine de février, occasionnant la destruction de quelques bourgeons.
Le débourrement fut précoce, de fin mars à début avril. Le retournement climatique à partir du 10 avril entraîna une longue période de trois mois globalement froids et humides.
Quelques bourgeons furent à nouveau gelés en avril. Petit à petit, l’avance du début de saison s’est perdue.
La floraison s’est déroulée avec environ une semaine de retard s’étendant sur trois semaines. La coulure et le millerandage ont sévi de façon irrégulière. Les rouges ont été assez touchés alors que les blancs ont bien résisté. La pression des maladies cryptogamiques, mildiou et oïdium, a été forte mais bien maîtrisée dans l’ensemble.
Une nouvelle inversion de climat s’est produit mi-juillet avec la fin des précipitations. A partir du 10 août, les températures sont redevenues supérieures aux normales. Ces conditions climatiques sont arrivées juste au bon moment pour provoquer l’arrêt de la croissance des rameaux, accélérer et resserrer la véraison.
La sécheresse a perduré jusqu’au 20 septembre où on a commencé à constater des blocages de maturation dans les jeunes parcelles sur les sols sensibles. Du 21 au 27 septembre des pluies importantes (50 à 60 mm) sont arrivées à point nommé pour relancer la maturation.

La maturation

Les conditions de maturation ont été très favorables. La sécheresse a permis la concentration en sucres. Cette évolution a été stoppée par les pluies des derniers jours de vendanges. Les nuits fraîches ont préservé le charnu et l’acidité (teneurs élevées en acide tartrique et normales en acide malique) tandis que les arômes se sont développés lentement et tout en finesse.
L’ensoleillement a été bénéfique pour la couleur et les tanins des rouges, mais également pour les arômes. Grâce aux peaux épaisses, l’état sanitaire est resté excellent, ce qui a laissé toute la sérénité nécessaire aux vignerons pour attendre que les raisins soient bien mûrs.

Les vendanges

L’étalement de la floraison s’est retrouvé à la maturité. Reuilly a entamé la campagne le 15
septembre par les pinots gris. Les parcelles les plus précoces de Sancerre étaient récoltées dès le 20 septembre mais c’est le premier octobre que les vendanges ont véritablement débuté sur l’ensemble des vignobles du Centre-Loire.
Le suivi précis des maturations technologique, aromatique et phénolique, parcelle par parcelle, est aujourd’hui bien ancré. Aussi, de nombreux vignerons ont récolté de façon discontinue, en cohérence avec les différences d’évolution des terroirs.

Les premières impressions du millésime

Les vins affichent une plénitude et une concentration remarquables. Les bouches ont de superbes expressions, avec des équilibres différents selon la date de vendange : les premiers raisins récoltés donnent des vins plus incisifs, puis au fur et à mesure de la maturation, le gras se développe et s’amplifie.
Les blancs exhalent de superbes arômes. Bien ciselés, ils sont à la fois délicats et complexes. Les nuances de fleurs blanches et de fruits frais dominent. Elles peuvent être agrémentées de notes épicées ou de subtiles touches végétales. Dotés d’une grande pureté, les blancs ont à la fois de la fraîcheur et du charnu.
Les rouges montrent des robes profondes, rubis plus ou moins nuancées de violet. Avec les
extractions douces qu’on pratique aujourd’hui, leurs tanins sont mesurés. Le fruité gourmand des raisins se retrouve dans les vins dont la bouche, en fonction des origines, est dense à séveuse.

2013 EN CENTRE-LOIRE – UN MILLESIME D’ATTENTE

Un cycle végétatif long et tardif, une date de vendanges jamais vue depuis plus de 20 ans, des vins qui n’exprimeront toutes leurs qualités qu’après quelques mois d’élevage, 2013 est un millésime d’attente qui devrait surprendre favorablement.

La campagne viticole

Année froide, 2013 a été une année tardive. Jusqu’au 10 avril, les températures très inférieures aux normales n’ont permis aucune activité végétative. Le débourrement a eu lieu avec une dizaine de jours de retard. Le froid et l’humidité du printemps ont accru le retard de végétation qui atteignait 2 semaines à la floraison. La coulure et le millerandage qui en ont résulté expliquent la petite taille des grappes à la récolte, principalement en blanc. Est alors survenue une longue période, du 20 juin à mi-septembre, marquée par de la sécheresse et des températures très élevées en juillet. Les maladies cryptogamiques, mildiou et oïdium, ont été relativement bien contenues. Les réserves en eau accumulées dans les sols étaient utilisées par la vigne qui, ainsi, ne subissait pas de contrainte hydrique excessive, excepté dans quelques secteurs où des blocages de maturation commençaient à être observés. La douceur et l’humidité se sont ensuite installées pendant 20 jours, jusqu’au 9 octobre. La saison viticole s’est terminée sur une période plus fraîche et toujours empreinte d’humidité.

La maturation

Les quelques pluies de la deuxième quinzaine de septembre ont accéléré l’accumulation des sucres, tandis qu’en raison de la fraîcheur des températures les acidités totales diminuaient lentement. Le climat doux de fin septembre a relancé la maturation : concentration des sucres, chute des acidités, affinement des arômes. Il a également été propice au développement du botrytis. Les pellicules du sauvignon blanc étant épaisses, le botrytis s’est implanté sous sa forme noble ; traditionnellement, cette évolution est recherchée dans les années tardives comme 2013 car elle améliore la qualité des vins : augmentation du gras et de la finesse aromatique.
Ponctuellement et surtout sur certains sols filtrants, la dégradation sanitaire aurait pu entraîner des déviations gustatives ; il a fallu purifier les moûts blancs de façon plus poussée et trier les vendanges rouges qui n’ont fort heureusement été que peu touchées.
La production de sucres est restée importante jusqu’à la fin de la récolte. Les acidités un peu élevées au début se sont très bien rééquilibrées à partir du 7 octobre.

Les vendanges

Les vendanges ont démarré lentement. Le pinot gris à Reuilly a été récolté dès le 26 septembre. A Sancerre, les parcelles les plus précoces ont été rentrées à partir 2 octobre. Sur l’ensemble des vignobles du Centre-Loire, le rythme s’est progressivement accéléré et la majorité des raisins ont été cueillis entre le 7 et le 19 octobre. Le bon équipement des exploitations a permis de vendanger rapidement au moment optimum puis de vinifier dans les meilleures conditions.

Les premières impressions du millésime

Comme tous les vins des millésimes d’attente à la maturation longue et tardive, les 2013 se révèlent souvent austères dans leur jeunesse.
Les vins blancs sont encore fermés. Les arômes floraux dominent ; ils peuvent être mêlés de notes végétales ou fruitées. Selon l’origine et la date de vendange, leur équilibre en bouche se caractérise par une tendre fraîcheur ou une nervosité plus ou moins appuyée. L’expérience nous enseigne que ce style de vins gagne toujours en qualité au cours de la conservation : l’acidité rend parfois la dégustation plus difficile dans les premiers mois mais est un atout pour leur évolution.
Les vins rouges apparaissent avec une robe de bonne intensité. Les arômes fruités (framboise, mûre) sont nuancés de touches florales (pivoine). La connaissance analytique de la composition des raisins en polyphénols et le suivi gustatif pendant les cuvaisons ont permis de maîtriser les extractions et d’obtenir de très bons tanins, mesurés et souples.

2014 - EN CENTRE-LOIRE – UN MILLESIME DE CARACTERE

Le décalage climatique entre les saisons se traduit de façon paradoxale par un millésime 2014 de grand potentiel. La superbe arrière-saison aussi exceptionnelle qu’inattendue a donné aux vins toutes leurs qualités de finesse et de puissance.

La campagne viticole

2014 est caractérisé par un long cycle végétatif. La fin d’hiver douce et un mois de mars sec ont entraîné le réchauffement précoce des sols et accéléré le départ en végétation. Le débourrement s’est produit dans les premiers jours d’avril. Ensuite, hormis la période du 6 au 13 juin et la deuxième quinzaine de juillet, l’année a été froide jusque fin août. La vigne a donc pris du retard pendant toute la saison : alors qu’elle avait une avance de 10 jours au débourrement, celle-ci tombait à 3 jours à la floraison néanmoins rapide et homogène pour finir avec un retard de 4 jours à la véraison. Pour les précipitations, 2014 se partage en trois phases : plutôt sec de mars à mi-juillet puis très pluvieux jusqu’au 25 août et enfin retour de la sécheresse favorisant l’installation d’une contrainte hydrique progressive et modérée. Les maladies cryptogamiques ont été moyennement virulentes. L’oïdium s’est montré dans des secteurs inhabituels tandis que le risque mildiou s’est prolongé jusque début août. Peu de dégâts sont à déplorer. La pourriture grise (botrytis) a été quasi inexistante. Seule la pourriture acide a obligé à effectuer des tris dans les rares parcelles concernées.
Enfin, septembre est heureusement venu transfigurer le millésime : chaleurs sans excès dans la journée, nuits relativement fraîches, sécheresse entrecoupée de rares petites pluies.

La maturation

Les excellentes conditions climatiques de l’arrière-saison sont à l’origine d’une maturation lente durant laquelle chaque élément s’est mis en place avec harmonie. Sous un bel ensoleillement, les journées chaudes ont favorisé l’augmentation des sucres tandis que les nuits fraîches ont préservé le fruité et freiné la diminution de l’acidité qui se trouvait très élevée au départ. Les teneurs en sucres étant partout bonnes, c’est l’acidité malique et la dégustation des baies qui ont guidé le suivi de la maturation ; il a fallu s’armer de patience pour atteindre le juste niveau. 2014 fait partie de ces années remarquables où sucres et acidités à la fois sont élevés et parfaitement équilibrés.
Les arômes et la couleur logés dans des pellicules saines et épaisses ont aussi évolué dans les meilleures conditions. Le bon état sanitaire a permis d’obtenir des moûts très purs.

Les vendanges

Les vignerons ont fait preuve d’une grande maîtrise dans la détermination de la date de vendange. D’une part, ils ont su observer avec précision la maturation de leurs parcelles pour récolter chacune au meilleur moment, exercice d’autant plus compliqué que les évolutions ne correspondaient pas à l’ordre habituel. D’autre part, alors que le beau temps régnait, ils ont eu la sagesse d’attendre que les raisins atteignent la maturité optimale, en prenant le risque de subir une possible dégradation du climat. Aussi les vendanges ont elles démarré épisodiquement en Pinot Gris à Reuilly le 15 septembre et en Sauvignon à Sancerre le 18 septembre. Le gros de la cueillette a commencé le 29 septembre pour finir entre le 6 et le 11 octobre. Les rouges ont en majorité été rentrés avant le 5 octobre. Les dernières grappes ont été ramassées le 13 octobre.

Les premières impressions du millésime

A l’image des pellicules épaisses des baies, les vins révèlent de la consistance et de la densité. Les acidités élevées restent souvent discrètes au palais car elles sont équilibrées, voire masquées, par la richesse naturelle.
Les vins blancs dévoilent des arômes prometteurs. La finesse et la complexité s’affirment déjà : notes fruitées (poire, pêche, fruits exotiques), nuances de fraîcheur végétale et parfois même déjà, délicates touches minérales. En bouche, l’équilibre gustatif est marqué par la tension. La nervosité souvent appuyée est bien contrebalancée par le charnu, imprimant des sensations de plénitude et de puissance. Avec une finale persistante, les blancs 2014 ont un véritable potentiel de garde.
Selon les terroirs, ils devraient commencer à atteindre leur pleine expression après 8 à 15 mois d’élevage. Les amateurs de millésimes anciens pourront même leur faire traverser une ou deux décennies avant d’apprécier leurs grandes qualités au vieillissement.
Les rosés apparaissent sous des robes généralement assez pâles, saumonées plus ou moins nuancées de corail. Les odeurs de fruits (fraise, framboise, banane) dominent. Vivacité et fraîcheur caractérisent la bouche. Ils seront de bonne tenue. Les rouges présentent de jolies couleurs, aux reflets rubis vifs, teintées de pourpre. Encore fermés, les arômes de fruits rouges (griotte, framboise) sont typés et élégants. Les tanins mesurés tapissent la bouche bien qu’exacerbés par l’acidité à ce stade où les fermentations malolactiques ne sont pas encore faites. Le gras transparaît en arrière-plan et finira par prendre sa juste place au cours de la conservation.

2015, CHALEUR ET SECHERESSE POUR UN MILLESIME PROMETTEUR

Le Centre-Loire, comme toute région septentrionale, a des effets millésime marqués. Ce sera encore le cas en 2015, où les conditions climatiques très particulières ont permis la production de vins aux arômes très purs.

La campagne viticole

Sans caractère exceptionnel, l’hiver 2014-2015 est l’un des moins froids depuis cent ans. Après un début d’hiver doux, un coeur d’hiver en février sensiblement plus frais mais sans période de gel, il s’achève par un mois de mars dans les normales saisonnières. Les précipitations hivernales supérieures à la moyenne jusqu’à la fin février contribuent à un bon rechargement hydrique des sols et sous-sols au début du printemps.

Le cycle végétatif démarre avec un léger retard rapidement compensé par des températures très douces à partir du 8 avril. Ces conditions thermiques favorables en avril, associées à un rechargement hydrique correct des sols, ont assuré un débourrement homogène et franc. Le soleil règne alors en maître mais c’était sans compter la fraîcheur et le mauvais temps de la dernière semaine d’avril. Mai démarre également fraîchement et sous la pluie mais dès le 4 mai, le printemps revient pour ne plus repartir. L’été avant l’heure perdure, les pluies sont rares et faibles. Une petite grêle le 20 mai sur une partie du Sancerrois, Quincy, Reuilly vient rappeler des mauvais souvenirs. On observe quelques dégâts sur Reuilly.

La floraison commence la première quinzaine de juin dans des conditions très favorables associant températures légèrement supérieures à la moyenne et faibles précipitations. Malgré tout, on observe de la coulure en sauvignon. Un épisode pluvieux intervient les 12 et 14 juin puis la sécheresse s’installe. Les températures quasi caniculaires s’installent dès la première semaine de juillet. Conséquence de cette sécheresse, les premiers symptômes de stress hydrique sont observés mi-juillet sur les parcelles jeunes. Pour les autres, le feuillage vert très pâle trahit un ralentissement de leur développement.

La véraison démarre début août mais, freinée par les conditions très sèches, elle se fait très lentement. Un épisode pluvieux mi-août vient mettre fin à ce scénario. La véraison se termine alors rapidement.

Dans cette ambiance sèche, les maladies et les ravageurs sont réprimés naturellement. L’oïdium, présent mais surveillé avec la plus grande vigilance, est bien contrôlé.

La maturation

Les conditions de maturation ont été très favorables. On s’attendait à des baies de petite taille, des teneurs en acidité plus faibles, compte tenu des conditions climatiques estivales. C’est un fait de l’année.

Un dernier épisode pluvieux, fin août, bénéficient aux vignes qui réclamaient encore un peu d’eau. Les baies grossissent enfin. Ces pluies freinent à peine la dynamique de maturation. Les teneurs en sucre progressent rapidement. La diminution des acides est contenue. Les maturités technologique et phénolique sont atteintes rapidement, la situation sanitaire est exceptionnellement bonne : la date de récolte pourra se décider uniquement par la dégustation des baies et la mise en place harmonieuse de tous les éléments du raisin.

Les vendanges

Les vendanges débutent sereinement le 7 septembre pour le Pinot Gris à Reuilly. Le Sauvignon est récolté à partir du 14 septembre pour les autres appellations. Les cépages rouges sont majoritairement cueillis entre le 17 et le 20. Les petites giboulées de septembre n’entament en rien le moral des vignerons. Ces pluies ont même le mérite d’affiner les pellicules très épaisses.

Les premières impressions du millésime

Les jus de raisin proposaient une belle pureté aromatique. Cela sera une des caractéristiques des vins du millésime 2015.

Les vins blancs sont élégants, généreux. Ils dévoilent des arômes complexes de fruits blancs. Les bouches sont denses, chaleureuses et parfaitement équilibrées par une sensation acide rafraîchissante.

Les vins rosés proposent des teintes plus soutenues que les derniers millésimes, allant du marbre rose au saumon. Les odeurs de fruits dominent (pamplemousse rose, framboise).

Les vins rouges se présentent avec une belle robe rubis. Ils dévoilent des arômes de fruits frais (fraise, cerise, framboise) ponctuées de notes florales. Les tanins soyeux et ronds, reflets d’une belle maturité offrent fraîcheur et élégance.

2015 est un beau millésime, déjà très gourmand, et qui comme tous les millésimes solaires conservera son caractère de jeunesse pendant longtemps.